Composition du Grand orgue de Notre-Dame de Paris entre 1937 et 1954

L’orgue joué par L.de Saint-Martin, et avant lui par Louis Vierne, était celui construit par Cavaillé-Coll et mis  en place de 1866 à 1867. Joué pour la première fois à Noël 1867, il fut inauguré officiellement le vendredi 6 mars 1868 par César Franck, Camille Saint-Saëns, Clément Loret, Alexis Chauvet, Alexandre Guilmant et Charles-Marie Widor, enthousiasmés de cette réalisation. Seul Eugène Sergent (organiste titulaire de 1848 jusqu’à sa mort en 1900) restera sur sa réserve.

Jusqu’à la titularisation de Pierre Cochereau, il ne sera modifié qu’à deux reprises. En 1904, à la demande de Louis Vierne, Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll, remplace au Récit clarinette, bourdon et dulciane par diapason 8, octave 4 et fourniture IV, et y remplace également les basses acoustiques des bombardes et trompette par des basses réelles.

En 1932, selon les vœux de Vierne, Joseph Beuchet, ajoute au Pédalier un violoncelle 16 et un bourdon 8, au Grand-Chœur une flûte 8 et au Récit une cymbale. Au Positif, il remplace le piccolo par le nasard en provenance du Récit. Au Grand-Orgue, le clairon devient un Soprano.

L’orgue ainsi complété et restauré est inauguré le vendredi 10 juin par Charles-Marie Widor et Louis Vierne. « Des fonds, des mixtures et des anches d’une beauté incomparable et d’un équilibre merveilleux, d’où résulte une rutilance de couleurs semblable à celles qui descendent des admirables rosaces » écrit L.de Saint-Martin dans le numéro d’août de la revue « La Petite Maîtrise ».    

L’orgue ainsi constitué comportait 5 claviers manuels de 56 notes, un pédalier de 30 notes et 90 jeux détaillés comme suit :

1. Grand-orgue : Bourdon 16, Violon basse 16, Bourdon 8, Flûte harmonique 8, Montre 8, Viole de Gambe 8, Octave 4, Prestant 4, Doublette 2, Fourniture harmonique, Cymbale harmonique, Basson 16, Basson 8, Soprano 4

2. Positif : Bourdon 16, Montre 16, Bourdon 8, Flûte harmonique 8, Salicional 8, Unda Maris 8, Flûte douce 4, Prestant 4, Nasard 2 2/3, Doublette 2, Plein Jeu harmonique, Clarinette basse 16, Cromorne 8, Clarinette aigüe 4

3. Récit (expressif) : Quintaton 16, Flûte traversière 8, Diapason 8, Viole de Gambe 8, Voix Céleste 8, Flûte octaviante 4, Octave 4, Quinte 2  2/3, Octavin 2, Fourniture IV, Cymbale III, Cornet harmonique III-V, Bombarde 16, Trompette harmonique 8, Basson-Hautbois 8, Voix Humaine 8, Clairon 4,

4. Solo : Soubasse 16, Principal basse 16, Flûte harmonique 8, Principal 8, Grosse Quinte 5 1/3, Octave 4, Grosse Tierce 3  1/5, Quinte 2 2/3, Grosse Septième 2 2/7, Doublette 2, Cornet II-V, Bombarde 16, Trompette 8, Clairon 4

5. Grand-chœur : Bourdon 8, Flûte 8, Principal 8, Prestant 4, Quinte 2 2/3, Doublette 2, Tierce 1 3/5, Larigot 1 1/3, Septième 1 1/7, Piccolo 1, Tuba magna 16, Trompette 8, Clairon 4

Pédalier : Principal basse 32, Soubasse 16, Contrebasse 16, Violoncelle 16, Bourdon 8, Flûte 8, Violoncelle 8, Octave 4, Grosse Quinte 10 2/3, Grosse Tierce 6 2/5, Grosse Quinte 5 1/3, Grosse Septième 4 4/7, Contre-bombarde 32, Bombarde 16, Basson 16, Trompette 8, Basson 8, Clairon 4

Tirasses G.O, Grand-Chœur et Récit, 6 Copulas dont Récit/Positif, 5 Octaves graves, 7 appels d’Anches & Mixtures, Trémolo Récit, Expression Récit, Orage. 6 registres de combinaison (doublés de part et d’autre du clavier G.O.)

Ces registres, conçus par Cavaillé-Coll, fonctionnaient de la façon suivante : pour rendre opérante une registration, on devait tirer puis repousser les registres de combinaison des claviers correspondants. On pouvait  alors préparer une autre registration, dont les jeux ne parlaient à leur tour qu’après que l’on ait effectué la même manœuvre. Il ne faut donc pas confondre ces registres de combinaison, préfiguration lointaine des combinateurs actuels, avec des jeux de combinaison. Pour que ce système n’oblige pas l’organiste à s’interrompre, un ou deux tireurs de jeux devaient intervenir. C’est toujours le cas à l’église Saint-Sulpice à Paris où ce système a été authentiquement conservé.

These devices, invented by Cavaillé-Coll, functioned as follows : to make a selected registration operational the organist drew and then pushed back in the registre de combinaison drawstop for each division in use. This activated the selected registration and locked it in, allowing another registration to then be prepared which, in turn, did not become operational until the appropriate registres de combinaison were drawn once again. These registres de combinaison, precursors of modern pistons, must not be confused with ventil controls activating the jeux de combinaison. In order that the operation of this system did not interrupt a player’s performance, one or two registrants usually assisted. This is still the practice today at the church of Saint-Sulpice in Paris, where the system has been preserved as originally installed.

Après recherches, de nombreuses éditions comportant des erreurs, cette composition a été établie par Christian Robert, titulaire émérite des orgues de la primatiale Saint-André de Bordeaux et auteur d’un « Traité de registration à l’orgue » préfacé par Jean Guillou. Cette composition est confirmée en tous points par celle qui figurait sur la pochette du premier enregistrement de Pierre Cochereau à Notre-Dame de Paris (Deuxième Symphonie de Louis Vierne chez L’Oiseau-Lyre).

Le salut à la Vierge Marie, op.34

1944

Sur le tutti de l’orgue, après des échanges rapides entre unissons staccato et accords, sont exposés l’Ave Maria de l’offertoire de la messe de l’Immaculée Conception, puis à deux reprises, le premier verset de l’Ave Maris Stella. Après un retour des staccatos et accords et de l’Ave Maria, on se laisse séduire quelques instants par une incise du deuxième verset de cet Ave Maris Stella avant un rappel de l’Ave Maria. Puis, montant du grave à l’aigu, le mouvement s’accélère progressivement et l’on en revient aux staccatos et accords. Enfin est proclamé solennellement le deuxième verset de l’Ave Maris Stella sur arpèges échangés entre main droite et main gauche avant la conclusion, staccatos en retrait, sur Ave Maria.

Six pèces brèves pour harmonium op.11

mars-avril 1926

Dans un geste de délicate déférence, chacune de ces six pièces pour harmonium ou orgue avec pédale ad libitum, est dédiée à l’un des organistes réputés de ces années, et plus particulièrement aux deux organistes auxquels Saint-Martin était le plus redevable, Vierne en tête, dédicataire du Prélude, et symétriquement, Adolphe Marty, dédicataire du Final.

I. Prélude

Le Prélude trace, dans un chromatisme exacerbé, la lente montée de son thème comme un effort douloureux, ou une supplication, puis son apaisement progressif.

II. Pastorale

Dédiée à Amédée de Vallombrosa, la délicieuse Pastorale fait dialoguer flûte 8 et hautbois, avec un intermède voix céleste.

III. Intermezzo

L’Intermezzo est dédié à André Marchal, alors organiste de Saint-Germain des Prés. Y jouent flûtes et  nazard, gambe et octavin, entourant de courtes phrases méditatives sur montre-salicional et hautbois-cor de nuit.

IV. Andante

L’Andante est dédié à Alexandre Cellier. Sereine gravité s’opposant au chromatisme de la pièce précédente ; chaque réapparition du thème s’accompagne d’une légère variation.

V. Choral

Dans le Choral dédié à Joseph Bonnet, le dessin mélodique du thème, très tonal, est d’abord exposé avec un simple accompagnement à l’octave, puis il s’accentue progressivement, avant d’être réexposé dans un rythme élargi qui annonce le Final.

VI. Final

Celui-ci, très décoratif, reprend le thème de l’Andante, et constitue une somptueuse sortie.

Autre enregistrement du Prélude :

En savoir plus : Site de l’Harmonium français.

Nous signalons l’article qu’Olivier Schmitt leur consacre dans le n°26 de la revue de « L’Harmonium Français » (Numéro de juin 2020).

Méditation sur le Salve Regina

Tantum ergo

Ni daté, ni catalogué, le Tantum ergo a vraisemblablement été écrit après la Seconde guerre. L’œuvre est écrite pour voix d’homme et accompagnement.

Le texte impose gravité et mystère. Le compositeur s’y conforme.

Hiératique,  l’harmonie se déroule dans une modalité incertaine qu’accentue la succession d’accords de septième. La solennité du chant et ces ambiguïtés harmoniques recouvrent d’un voile de mystère et de respect le plus mystérieux et le plus sublime des sacrements. A ce point que l’imagination compositionnelle semble symboliquement défaillir à deux reprises (« defectui » dit le texte latin) devant l’ineffable, et se résorber dans l’humble dépouillement d’un unisson. Encore plus dépouillé, l’Amen s’éteint dans le silence.

Tu es Petrus, op.7

Décembre 1929

Dans la liturgie traditionnelle, l’antienne « Tu es Petrus » (Tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise) se chantait en l’honneur du Saint-Père pendant les saluts du Saint-Sacrement, juste avant le « Tantum ergo » précédant la bénédiction.

La forme solennelle de cette œuvre, 4 voix mixtes, deux orgues, cuivres ad libitum, la destinait aux grandes cérémonies. La première audition eut lieu le 13 février 1931 pour le neuvième anniversaire du couronnement de Pie XI.

Symphonie dominicale

Aria :

Ave Maria, op.17

Mars 1934

Quelle grâce de fraîcheur a touché Saint-Martin pour écrire cet Ave Maria pour voix et orgue, dédié à l’abbé le Rouzic, à l’époque directeur de la maîtrise de la cathédrale !

Une mélodie toute fluide dans la douceur de ses intervalles, des accords tout simples, pas une seule modulation, Dans la pureté de l’inspiration et la modestie des moyens, on rejoint la beauté inimitable des antiennes mariales grégoriennes.

Toccata de la libération, op.39

Août 1944. Aube de la Libération.

Au rythme d’une chevauchée, des arpèges annoncent le thème. Leur vivace jubilation parcourt toute la toccata. Le thème apparaît à la pédale, d’une force retenue, comme une grande respiration, une vague d’espoir surgissant des profondeurs. Après diverses réexpositions, le thème s’attendrit. Calme mélodie de paix, presque priante.

Le rythme nous reconduit au thème d’origine avec son écho à l’octave au pédalier. Thème repris en tutti. On dirait d’une foule débordante de joie. Apothéose d’un carillon. Tension, double rappel du thème, montée des arpèges au plus haut du clavier et quatre longs majestueux accords concluent l’œuvre.

Ecrite alors que la guerre faisait rage, que les balles sifflaient et que des barricades se dressaient dans Paris, cette toccata traduit les sentiments des Français en cet août 1944 : fierté renaissante,  approche de la paix, bonheur de la liberté.

A Notre-Dame de Paris :

Autre version :

Autre version (Bâle) :

Panis angelicus, op.27

1940

Ce Panis Angelicus est dédié à Lucien Verroust, en ces années magnifique ténor soliste du chœur de la cathédrale. Un soliste chante la première strophe et dans la seconde, il est soutenu par un chœur à 4 voix mixtes, comme le « Panis » de César Franck.

Ces deux strophes sont constituées du poème particulièrement dense dont saint Thomas d’Aquin a revêtu sa contemplation du mystère eucharistique. Sur cet énoncé, Saint-Martin n’a pas cherché à étaler de pieux apprêts. Il s’en est tenu à ce qui justifiait l’expression poétique voulue par le Docteur Angélique et que le texte dit lui-même : « O res mirabilis ». C’est cette envolée admirative qui a inspiré le musicien et lui a suggéré ses moyens d’expression.