{"id":70,"date":"2019-12-31T18:11:25","date_gmt":"2019-12-31T17:11:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/?p=70"},"modified":"2020-01-05T11:30:58","modified_gmt":"2020-01-05T10:30:58","slug":"biographie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/index.php\/2019\/12\/31\/biographie\/","title":{"rendered":"Biographie"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>UN PARCOURS ATYPIQUE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>1886 \u2013 1919<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Cathedral_of_Albi_-_Nave_and_Organ_-_7029.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-142\" width=\"200\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Cathedral_of_Albi_-_Nave_and_Organ_-_7029.jpg 220w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Cathedral_of_Albi_-_Nave_and_Organ_-_7029-173x300.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>N\u00e9 le 31 octobre 1886 de parents fortun\u00e9s au ch\u00e2teau de Fonlabour (aujourd\u2019hui lyc\u00e9e agricole d\u2019Albi-Fonlabour), le comte L\u00e9once de Saint-Martin de Paylha manifeste tr\u00e8s jeune un don exceptionnel pour la musique et un amour passionn\u00e9 de l\u2019orgue. Il se met au piano d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de quatre ans avec l\u2019aide de sa m\u00e8re, excellente pianiste, et \u00e0 neuf ans, gr\u00e2ce au cur\u00e9 de la cath\u00e9drale Sainte-C\u00e9cile, convaincu de sa vocation, il a le bonheur d\u2019en toucher le monumental grand orgue. A quatorze ans, il en devient organiste suppl\u00e9ant. En 1904, l\u2019instrument est reconstruit par Jean-Baptiste Puget. Quatre claviers, 74 jeux, dont 42 en bo\u00eete expressive, en font l\u2019un des orgues symphoniques les plus importants de France. Pour le jeune L\u00e9once, c\u2019est presque le paradis. Il &nbsp;en sera marqu\u00e9 \u00e0 jamais. <\/p>\n\n\n\n<p>De cette jeunesse heureuse, il\ngardera toujours la nostalgie. Sa personnalit\u00e9 s\u2019est b\u00e2tie sur ces ann\u00e9es &nbsp;de piano et d\u2019orgue, et aussi sur les\ncertitudes de la foi transmises par sa famille et par deux pr\u00eatres tr\u00e8s proches.\nL\u2019aisance ne captivait pas les \u00e2mes. Dans ce milieu aristocratique, on ne\nparlait ni ne pensait \u00e0 l\u2019argent. Cela ne faisait pas partie de l\u2019\u00e9ducation. Ce\npourquoi sans doute, Saint-Martin conservera \u00e0 ce sujet, tout le long de sa vie,\nune candeur incroyable. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pass\u00e9 le baccalaur\u00e9at, son p\u00e8re\nn\u2019entend pas le voir perdre son temps dans la frivolit\u00e9 d\u2019\u00e9tudes musicales. Il\nlui impose de pr\u00e9parer une licence en droit en vue d\u2019une carri\u00e8re d\u2019avocat. Avec la complicit\u00e9 de sa m\u00e8re, il parvient n\u00e9anmoins\n\u00e0 mener de front \u00e0 Montpellier l\u2019\u00e9tude du\ndroit \u00e0 la facult\u00e9 et celle de l\u2019instrument aupr\u00e8s d\u2019un professeur du\nconservatoire. La licence obtenue en 1906, il n\u2019envisage toujours pas d\u2019autre programme\nde vie que la musique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment celle imbriquant la musique et la\nfoi. Il l\u2019affirme en toute clart\u00e9 dans une m\u00e9lodie pour voix et piano sur un petit\npo\u00e8me de sa composition, \u00ab&nbsp;<em>Pri\u00e8re \u00e0\nSainte C\u00e9cile&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les musiques aussi sont pour vous des pri\u00e8res.<\/em><br><em>Sur les ailes des sons, nos \u00e2mes vont \u00e0 Dieu\u2026<\/em>  <br><em>Pour ceux\u2026dont le jeune espoir fleurit \u00e0 votre autel,<\/em>  <br><em>Prot\u00e9gez leur maison et b\u00e9nissez leur vie<\/em>  <br><em>Et que leurs c\u0153urs soient pleins de musique du ciel.<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les deux ans du service\nmilitaire obligatoire, il peut enfin consacrer tout son temps \u00e0 la musique. Une\nrencontre heureuse survient, celle de la fille de Georges Clemenceau, Madeleine\nJacquemaire-Clemenceau, \u00e9crivain et future figure de l\u2019Union des Femmes de\nFrance. Elle l\u2019\u00e9coute aux grandes orgues de la cath\u00e9drale d\u2019Albi. Impressionn\u00e9e\npar son talent, elle finit par le d\u00e9cider \u00e0 monter \u00e0 Paris pour y retrouver son\ncompatriote Adolphe Marty, organiste de Saint-Fran\u00e7ois Xavier et professeur \u00e0\nl\u2019Institut des Jeunes Aveugles o\u00f9 il forma durant plus de 40 ans nombre\nd\u2019organistes.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Saint_Fran\u00e7ois_Xavier_Paris_-_orgue.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-144\" width=\"173\" height=\"136\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Saint_Fran\u00e7ois_Xavier_Paris_-_orgue.jpg 484w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Saint_Fran\u00e7ois_Xavier_Paris_-_orgue-300x236.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 173px) 100vw, 173px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>&nbsp;C\u2019est alors un travail acharn\u00e9 avec cet organiste dont il devient bient\u00f4t l\u2019adjoint \u00e0 Saint-Fran\u00e7ois Xavier. Il fr\u00e9quente en m\u00eame temps avec assiduit\u00e9 les autres tribunes parisiennes \u00e0 l\u2019\u00e9coute des meilleurs organistes et des plus beaux instruments. <\/p>\n\n\n\n<p>Mais, 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914,\nc\u2019est la guerre. Nouveau contretemps. Mobilis\u00e9 comme mar\u00e9chal des logis\nd\u2019artillerie, il en revient en avril 1919 avec la croix de guerre et le grade\nde lieutenant. \u00ab&nbsp;Cinq ann\u00e9es de glorieuse inactivit\u00e9 artistique&nbsp;\u00bb,\ndira-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1919 &#8211; 1932<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nouveau d\u00e9part. Une\nheureuse rencontre \u00e0 la tribune de Saint-Fran\u00e7ois-Xavier fin 1919 le conduit \u00e0\nsucc\u00e9der \u00e0 Jean Hur\u00e9 comme organiste de l\u2019\u00e9glise des Blancs-Manteaux dans le\nMarais, \u00e0 deux pas de son appartement du 20 Place des Vosges. Dans le m\u00eame\ntemps, il se perfectionne en contrepoint et fugue avec Albert Bertelin, grand\nprix de Rome en 1902 et professeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole C\u00e9sar Franck.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1920, ce sont deux rencontres\nd\u00e9cisives.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Marcel-Dupre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-145\" width=\"235\" height=\"178\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Un jour de d\u00e9cembre 1920, Marcel\nDupr\u00e9, alors suppl\u00e9ant de Louis Vierne \u00e0 Notre-Dame de Paris, se trouve brusquement\nemp\u00each\u00e9 de tenir le grand orgue. Cherchant d\u2019urgence un rempla\u00e7ant, il\nquestionne l\u2019organiste du ch\u0153ur, Albert Serre, qui lui propose de faire appel \u00e0\nSaint-Martin. Dupr\u00e9 le connaissait un peu. Aux v\u00eapres d\u2019un dimanche de 1917, il\nl\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 prendre les claviers apr\u00e8s le Magnificat. Et en 1919, l\u2019exp\u00e9rience\navait \u00e9t\u00e9 renouvel\u00e9e avec succ\u00e8s \u00e0 Saint-Sulpice. D\u00e9sormais, chaque fois que\nn\u00e9cessaire, Dupr\u00e9 fera appel \u00e0 lui en plein accord avec Vierne.<\/p>\n\n\n\n<p>Une longue amiti\u00e9 prend forme. En\njuin 1922, il inaugure l\u2019orgue Gutschenritter que Saint-Martin a fait installer\nchez lui. Sur cet orgue, il pr\u00e9parera ses fameux r\u00e9citals Bach au Trocad\u00e9ro. Tous\ndeux s\u2019appellent par leurs pr\u00e9noms, prennent fr\u00e9quemment contact par t\u00e9l\u00e9phone.\nCette amiti\u00e9 restera ind\u00e9fectible jusqu\u2019aux derniers jours. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"220\" height=\"302\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Louis-Vierne-NotreDame.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-147\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Louis-Vierne-NotreDame.jpg 220w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Louis-Vierne-NotreDame-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Autre rencontre d\u00e9cisive, celle\nde Louis Vierne. D\u00e8s le retour de celui-ci des quatre ans pass\u00e9s en Suisse pour\nsoigner sa vue, Adolphe Marty, son ancien professeur, lui pr\u00e9sente Saint-Martin.\nAupr\u00e8s du grand organiste, celui-ci parach\u00e8ve sa formation. D\u00e8s 1922, quand\nMarcel Dupr\u00e9 se trouve emp\u00each\u00e9, Vierne fait appel \u00e0 lui. Apr\u00e8s ce que Vierne\nappellera la \u00ab&nbsp;trahison&nbsp;\u00bb de Dupr\u00e9, ces remplacements se feront de\nplus en plus fr\u00e9quents et, en 1926, au d\u00e9part pour Le Havre de Pierre Auvray,\nl\u2019autre suppl\u00e9ant, Saint-Martin restera seul suppl\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Entre Saint-Martin, Vierne, et\nMadeleine Richepin, dite \u00ab&nbsp;Bichette&nbsp;\u00bb, sa tendre \u00e9g\u00e9rie et secr\u00e9taire,\ncantatrice passionn\u00e9e des m\u00e9lodies qu\u2019il lui d\u00e9die, nait une profonde amiti\u00e9.\n\u00ab&nbsp;L\u2019immense affection que nous vous portons \u00e0 tous deux pour\ntoujours&nbsp;\u00bb lui \u00e9crit-elle des USA pendant la tourn\u00e9e de Vierne. D\u2019ailleurs\ncelui-ci confie un jour \u00e0 son brillant \u00e9l\u00e8ve, le chanoine Auguste Fauchard,\nfutur auteur de quatre symphonies admir\u00e9es par Dupr\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si un jour\nje devais cohabiter avec quelqu\u2019un, mes pr\u00e9f\u00e9rences iraient vers lui&nbsp;\u00bb (<em>Auguste Fauchard,&nbsp;\u00ab&nbsp;\nSouvenirs&nbsp;\u00bb Les cahiers Bo\u00ebllmann-Gigout n\u00b011-15 1913)<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de ces ann\u00e9es,\nSaint-Martin d\u00e9ploie une intense activit\u00e9. En 1924, il est nomm\u00e9 organiste du\nth\u00e9\u00e2tre des Champs-Elys\u00e9es. En 1926, il fait partie du premier cercle des\n\u00ab&nbsp;Amis de l\u2019orgue&nbsp;\u00bb que promeut B\u00e9ranger de Miramon. R\u00e9guli\u00e8rement, dans\nson \u00ab&nbsp;salon rouge&nbsp;\u00bb o\u00f9 tr\u00f4nent son orgue et son Pleyel \u00e0 double clavier,\nil organise avec sa femme, excellente pianiste, des r\u00e9unions musicales o\u00f9 le chant\ntient une grande place. <\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des concerts \u00e0 Paris, o\u00f9\nil met \u00e0 l\u2019honneur des \u0153uvres d\u2019Albert Bertelin et Georges Migot. En 1928, des\nr\u00e9citals \u00e0 Prague. De f\u00e9vrier \u00e0 juin 1928, 14 concerts qu\u2019il organise pour la\nrestauration de son orgue des Blancs-Manteaux. Quatorze organistes y apportent\nleur concours, dont Charles-Marie Widor, Andr\u00e9 Fleury, Louis Vierne, Andr\u00e9\nMarchal, Jean Hur\u00e9, Joseph Bonnet et lui-m\u00eame. En octobre 1930, il cl\u00f4ture, \u00e0 Li\u00e8ge,\nles \u00ab&nbsp;Concerts d\u2019orgue&nbsp;\u00bb qu\u2019avait inaugur\u00e9s Marcel Dupr\u00e9 dans le\ncadre de l\u2019Exposition Universelle. <\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e, pour se procurer quelques subsides, il enregistre des transcriptions anodines sous le nom de L\u00e9o Stin. Vierne souhaite en effet que le nom de son suppl\u00e9ant n\u2019apparaisse que pour les c\u00e9r\u00e9monies religieuses et les concerts classiques. L\u2019insouciance de certains journalistes fit que ce ne fut pas toujours le cas. Dans sa susceptibilit\u00e9 maladive, Vierne se met \u00e0 soup\u00e7onner une nouvelle \u00ab trahison \u00bb. Au travers des cinglantes critiques de certains journaux sur les qualit\u00e9s de cantatrice de sa ch\u00e8re Madeleine, il suspecte une cabale contre lui-m\u00eame. Et celle-ci, que &nbsp;raconta-t-elle \u00e0 Vierne apr\u00e8s le refus de Saint-Martin de donner suite \u00e0 la proposition qu\u2019elle lui avait faite d\u2019une tourn\u00e9e \u00e0 deux aux USA ? Une lettre de Vierne parvient place des Vosges : \u00ab Je croyais votre amiti\u00e9 aussi s\u00fbre que fid\u00e8le\u2026 Je compte sur votre courtoisie, sinon sur votre affection, pour m\u2019\u00e9viter toute visite o\u00f9 que ce soit \u00bb. Ce coup imputant la responsabilit\u00e9 de la rupture \u00e0 celui qui en est la victime, blesse terriblement le destinataire. Aucune tentative de rapprochement n\u2019aboutira. Malgr\u00e9 cette \u00e9preuve, Saint-Martin pardonnera, et continuera \u00e0 v\u00e9n\u00e9rer son ma\u00eetre en interpr\u00e9tant assid\u00fbment ses \u0153uvres. <\/p>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00eame temps, les relations\nde Vierne avec le clerg\u00e9 de Notre-Dame se d\u00e9gradent. Son subjectivisme de plus\nen plus indiff\u00e9rent \u00e0 la liturgie, ses sautes d\u2019humeur incontr\u00f4lables, son\nattitude vis-\u00e0-vis de Saint-Martin qui donne pleine satisfaction \u00e0 chacune de\nses interventions et qu\u2019il cherche \u00e0 \u00e9vincer en faveur de<em> <\/em>son brillant \u00e9l\u00e8ve, Maurice\nDurufl\u00e9, la place hors de propos qu\u2019a prise Madeleine Richepin \u00e0 la tribune du\ngrand orgue sur le titulaire, vieillissant, effondr\u00e9 \u00e0 l\u2019annonce qu\u2019elle lui a\nfaite de son mariage avec celui qui le soigne, le docteur Mallet, tout cela\ncumul\u00e9, toutes les tentatives d\u2019apaisement ayant \u00e9chou\u00e9, le Chapitre, exc\u00e9d\u00e9,\ntranche, et en mai 1932 titularise Saint-Martin suppl\u00e9ant officiel de Louis\nVierne. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>1932 \u2013 1954<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 d\u00e9clinant de celui-ci\nle rendant de moins en moins disponible, Saint-Martin va consacrer presque tout\nson temps au service de Notre-Dame, pr\u00e9parant avec soin le r\u00e9pertoire adapt\u00e9 \u00e0\nchaque c\u00e9l\u00e9bration. <\/p>\n\n\n\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1933-1934, il\ntravaille avec l\u2019abb\u00e9 Puget, physicien, sur le projet d\u2019un orgue\nradio-synth\u00e9tique techniquement tr\u00e8s novateur, mais qui n\u2019aura pas de suite \u00e0 cause du manque de fiabilit\u00e9 de\ncertains \u00e9l\u00e9ments. Saint-Martin y laissa quelques deniers, car l\u2019abb\u00e9 Puget se\nmontra trop exigeant vis-\u00e0-vis du constructeur d\u2019orgues am\u00e9ricain Hamond qui se\nproposait de racheter le brevet.<\/p>\n\n\n\n<p>De janvier 1936 \u00e0 avril 1937, il\ndonne chaque jeudi dans les locaux de Cavaill\u00e9-Coll cinquante-trois r\u00e9citals\nradiodiffus\u00e9s sur Radio-Paris, au cours desquels il interpr\u00e8te plus de cent\ncinquante \u0153uvres de trente compositeurs diff\u00e9rents, Bach particuli\u00e8rement \u00e0\nl\u2019honneur avec 40 \u0153uvres, suivi de Vierne et de Widor.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Louis-Vierne-Plaque.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-149\" width=\"200\" height=\"169\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le 2 juin 1937, Louis Vierne,\npris d\u2019un malaise soudain, d\u00e9c\u00e8de \u00e0 ses claviers au cours d\u2019un r\u00e9cital \u00e0\nNotre-Dame pour le dixi\u00e8me anniversaire des \u00ab&nbsp;Amis de l\u2019Orgue&nbsp;\u00bb. D\u00e8s\nle 5 juin, devant le cercueil, \u00e0 l\u2019issue des obs\u00e8ques, B\u00e9ranger de Miramon,\npr\u00e9sident de l\u2019association, donne lecture de la copie d\u2019une lettre adress\u00e9e par\nVierne le 4 f\u00e9vrier 1936 au cardinal Verdier, archev\u00eaque de Paris, dans\nlaquelle il \u00e9met le v\u0153u que son successeur soit soumis, comme il l\u2019avait \u00e9t\u00e9,\naux \u00e9preuves d\u2019un concours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, une p\u00e9tition sign\u00e9e\npar cinquante-cinq organistes et ma\u00eetres de chapelle pour appuyer cette\ndemande, est remise au chanoine Favier, administrateur de la cath\u00e9drale. Mais ce\nm\u00eame jour, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, le Chapitre d\u00e9cide de garder Saint-Martin comme\norganiste de Notre-Dame. Le chanoine Favier s\u2019en explique publiquement\n\u00ab&nbsp;par simple courtoisie&nbsp;\u00bb le 7 juin&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Le choix de Saint-Martin comme suppl\u00e9ant par Vierne lui-m\u00eame justifie techniquement cette nomination ;  <br>Depuis dix-sept ans, Saint-Martin a donn\u00e9 enti\u00e8re satisfaction et jamais il n\u2019y &nbsp;a eu de r\u00e9clamation concernant la tenue de l\u2019orgue par ses soins, au contraire ;   <br>Le Chapitre estime que l\u2019orgue doit collaborer prioritairement \u00e0 la liturgie. C\u2019est ce qui est demand\u00e9 avant tout \u00e0 l\u2019organiste. <\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019ensuit un toll\u00e9 dans le\nmilieu organistique parisien. On insinue la rumeur de la nomination d\u2019un organiste\namateur obtenue par intrigue ou par faveur du clerg\u00e9. La pression m\u00e9diatique\nest telle que Saint-Martin envisage de d\u00e9missionner et de rejoindre la tribune\nde la cath\u00e9drale de Perpignan qui lui est ouverte. Mais Notre-Dame tient \u00e0 son\norganiste et le retient fermement. Il va payer ch\u00e8rement cette nomination. Il\nest banni du monde \u00ab&nbsp;officiel&nbsp;\u00bb de l\u2019orgue&nbsp;et le d\u00e9ferlement de\nd\u00e9nigrements et de malveillances en feront pour longtemps un musicien m\u00e9connu,\nsinon m\u00e9pris\u00e9. De ces blessures, il ne laissera jamais rien para\u00eetre, gardant\nsous les affronts une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et un sourire immuables. Citant Emile Ollivier,\nil prend <em>le moyen de ne s\u2019occuper de ses\nennemis, ni de s\u2019irriter, mais simplement, d\u2019acqu\u00e9rir silencieusement une\nvaleur intellectuelle et morale suffisante pour braver leurs attaques<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-L\u00e9once-2-bdef.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-73\" width=\"215\" height=\"402\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-L\u00e9once-2-bdef.jpg 300w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-L\u00e9once-2-bdef-160x300.jpg 160w\" sizes=\"auto, (max-width: 215px) 100vw, 215px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>En mars 1939, la revue\n\u00ab&nbsp;Musique sacr\u00e9e&nbsp;\u00bb commence \u00e0 faire para\u00eetre huit articles sur\n\u00ab&nbsp;L\u2019ann\u00e9e liturgique en musique par le grand orgue aux messes basses du\ndimanche&nbsp;\u00bb, dans lesquels il expose sa conception du r\u00f4le de l\u2019organiste \u00e0\nl\u2019\u00e9glise, et sa m\u00e9thode pour&nbsp; construire\nles programmes de ces messes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00eame ann\u00e9e, Fr\u00e9d\u00e9rick\nMarriott, organiste am\u00e9ricain prenant des le\u00e7ons chez Marcel Dupr\u00e9, fr\u00e9quente\nr\u00e9guli\u00e8rement la tribune de Notre-Dame pour se faire une opinion \u00e0 la suite des\narticles de la revue \u00ab&nbsp;The Diapason&nbsp;\u00bb colportant les calomnies\nparisiennes. Son opinion faite, \u00ab&nbsp;The Diapason&nbsp;\u00bb revient sur ses\n\u00e9crits et annonce en juillet une tourn\u00e9e de Saint-Martin aux USA et au Canada\nde janvier \u00e0 mars 1940. A coup s\u00fbr, cela rach\u00e8terait les avanies. Mais,\nnouvelle d\u00e9ception, le num\u00e9ro de d\u00e9cembre annonce \u00ab&nbsp;avec regret&nbsp;\u00bb\nque, du fait de la guerre, la tourn\u00e9e est annul\u00e9e. Saint-Martin a en effet \u00e9t\u00e9\naffect\u00e9 au Minist\u00e8re de la Guerre. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"200\" height=\"269\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Orgue-NDP-bdef.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-140\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>La d\u00e9faite, <em>l\u2019inconcevable malheur qui nous frappe, <\/em>touche\nau c\u0153ur le croix de guerre 1914. Un concert spirituel donn\u00e9 \u00e0 Notre-Dame le 8\nmars 1941 en pens\u00e9e des deux millions de Fran\u00e7ais prisonniers en Allemagne, va\nlui fournir l\u2019occasion de crier son patriotisme. Dans une cath\u00e9drale bond\u00e9e, il\nfait soudain jaillir des grandes orgues le chant de la Marseillaise en conclusion\nde sa paraphrase de l\u2019hymne national, \u00ab&nbsp;In Memoriam&nbsp;\u00bb. La foule, d\u2019abord\nincr\u00e9dule, finit par se mettre debout. &nbsp;Apr\u00e8s ce coup de panache, il s\u2019attendait \u00e0\n\u00eatre arr\u00eat\u00e9. (note\n1)<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre est l\u00e0. On g\u00e8le dans\nl\u2019appartement. On g\u00e8le \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 souvent les coupures d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ne\npermettent pas de jouer. En 1942, on se d\u00e9cide, le c\u0153ur d\u00e9chir\u00e9, \u00e0 vendre\nFonlabour, qui sera plut\u00f4t brad\u00e9. Les ann\u00e9es paraissent bien longues avant que\nl\u2019on entrevoie la Lib\u00e9ration. On la pr\u00e9sume le 16 juillet 1944, avec un \u00ab&nbsp;Premier\nR\u00e9cital d\u2019Orgue Saint-Martin&nbsp;\u00bb, donn\u00e9 dans une cath\u00e9drale comble. Un\ndeuxi\u00e8me r\u00e9cital par Marcel Dupr\u00e9 est donn\u00e9 le 13 ao\u00fbt, \u00e0 six jours des\nbarricades. Le 26 ao\u00fbt, Saint-Martin est convoqu\u00e9 pour un Te Deum en pr\u00e9sence\ndu g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle. La tribune du grand orgue est inaccessible. Des balles\nsifflent&nbsp;; seul le petit orgue intervient. Dans la panique, on entonne le\nMagnificat. Le Te Deum ne sera chant\u00e9 que le 9 mai 1945. (note 2)<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignleft is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-Console-1-bdef.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-75\" width=\"280\" height=\"198\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-Console-1-bdef.jpg 400w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Photo-Baculard-Console-1-bdef-300x212.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es qui suivent sont\nessentiellement consacr\u00e9es \u00e0 la composition. <em>Je me cramponne \u00e0 mon travail. Je manie, avec une soumission pleine et\nenti\u00e8re aux desseins de la Providence, la gomme et le crayon. <\/em>Quelque peu\nlas,<em>&nbsp;\n<\/em>il ne donne pas suite \u00e0 une nouvelle proposition d\u2019une tourn\u00e9e aux\nUSA, ni \u00e0 la proposition d\u2019une tribune en Californie. Il y r\u00e9fl\u00e9chit, mais,\nmalgr\u00e9 les difficult\u00e9s de la vie, il est trop attach\u00e9 \u00e0 Notre-Dame. <\/p>\n\n\n\n<p>La vie est maintenant effectivement\ntr\u00e8s difficile. Voici venir l\u2019\u00e9preuve de la pauvret\u00e9. Etranger aux questions\nd\u2019argent, au point de parfois ne m\u00eame pas se faire payer quand il y a lieu, il\ncommence \u00e0 r\u00e9aliser que la fortune familiale a fondu au fil du temps et de\ncontinuelles d\u00e9valuations. <em>Les yeux\ns\u2019ouvrent dans l\u2019ahurissement devant la r\u00e9alit\u00e9 des choses. <\/em>Il ne restera\nbient\u00f4t que les maigres \u00e9moluments de Notre-Dame, de rares cachets et quelques\nle\u00e7ons. La Providence en la personne de parents et d\u2019amis fid\u00e8les permettra heureusement\nd\u2019un peu compenser. Gr\u00e2ce \u00e0 un dentiste ami qui ach\u00e8te l\u2019appartement au moment\nde la vente de l\u2019immeuble par appartements, il peut continuer \u00e0 y demeurer. Gr\u00e2ce\n\u00e0 son neveu, des expertises d\u2019orgues lui sont command\u00e9es pour les dommages de\nguerre.Rien ne lui retire sa\ns\u00e9r\u00e9nit\u00e9 apparente, son sourire, sa courtoisie, son \u00e9l\u00e9gance malgr\u00e9 l\u2019usure des\nv\u00eatements. Notre-Dame l\u2019aime, et l\u2019entourent l\u2019admiration chaleureuse de\nnombreux amis, celle, toute intime, de Janine Fontanges, ch\u00e8re amie et\nconfidente, et celle, dans les derniers mois, de jeunes gens enthousiasm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1946, ce sont douze jours de\nr\u00e9citals en Angleterre. En 1948, 1950 et 1952, l\u2019organiste de la cath\u00e9drale de\nBordeaux, le chanoine Lacaze, l\u2019invite parmi les plus grands ma\u00eetres pour les\nr\u00e9citals biannuels de \u00ab&nbsp;Renaissance de l\u2019Orgue&nbsp;\u00bb. En 1950, il se\nproduit \u00e0 Florence &nbsp;et \u00e0 Sienne, et &nbsp;en 1952, en Tunisie. En juin 1953, il donne\nb\u00e9n\u00e9volement quatre r\u00e9citals \u00e0 Saint-Charles de Monceau \u00e0 Paris pour la\nr\u00e9fection de l\u2019orgue. <\/p>\n\n\n\n<p>En 1954, sa sant\u00e9 se d\u00e9t\u00e9riore progressivement. Le 10 juin, apr\u00e8s une op\u00e9ration de la derni\u00e8re chance, il s\u2019\u00e9teint doucement chez lui. \u00ab&nbsp;Trois personnes se trouvaient l\u00e0 dans une pri\u00e8re silencieuse, Madame de Saint-Martin, Marcel Dupr\u00e9 et moi-m\u00eame&nbsp;\u00bb <em>(<\/em>Pasteur Georges Marchal).<\/p>\n\n\n\n<p>Le brillant des notices biographiques cache bien souvent ce que v\u00e9curent r\u00e9ellement les int\u00e9ress\u00e9s. Saint-Martin ne v\u00e9cut pas son titre d\u2019organiste titulaire des grandes orgues de Notre-Dame de Paris comme l\u2019heureux couronnement d\u2019une carri\u00e8re, et le sourire qu\u2019il affichait en public n\u2019\u00e9tait pas un sourire de b\u00e9ate satisfaction. <em>Je suis ainsi fabriqu\u00e9 que je me livre rarement dans cette vie <\/em> <em>officielle qui m\u2019est impos\u00e9e et que je d\u00e9teste<\/em>. Il ne c\u00e9da jamais \u00e0 la tentation de se faire de l\u2019alti\u00e8re tribune un pi\u00e9destal personnel \u00bb, \u00e9crit le R.P. Michel Riquet, le c\u00e9l\u00e8bre pr\u00e9dicateur de l\u2019\u00e9poque, dans le Figaro quelques jours apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s. <\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"alignright is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Photo-Baculard-Console-3-818x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-135\" width=\"235\" height=\"294\" srcset=\"https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Photo-Baculard-Console-3-818x1024.jpg 818w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Photo-Baculard-Console-3-240x300.jpg 240w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Photo-Baculard-Console-3-768x961.jpg 768w, https:\/\/www.leoncedesaintmartin.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/Photo-Baculard-Console-3-1600x2002.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p>Le bonheur de Saint-Martin fut de toucher des orgues, et, pendant plus de trente ans, de toucher le merveilleux instrument de Notre-Dame, r\u00eave inimaginable, m\u00eame dans ses plus beaux r\u00eaves de jeune organiste \u00e0 la cath\u00e9drale d\u2019Albi. Son bonheur, en 1927, alors qu\u2019il semble dans le plein \u00e9lan d\u2019une carri\u00e8re et suppl\u00e9e Louis Vierne en tourn\u00e9e aux USA, il le lui confie dans une correspondance&nbsp;: <em>Je ne suis jamais plus heureux qu\u2019entre mon orgue, mon piano et ma table de travail.<\/em> Et presque vingt ans apr\u00e8s, il \u00e9crit un jour \u00e0 Janine Fontanges : <em>Ce n\u2019est que dans le travail que l\u2019on oublie toutes choses. Le reste n\u2019est qu\u2019erreur, illusion et d\u00e9cevance\u2026 Ici le temps est maussade, il pleut par moments en averses torrentielles suivies d\u2019\u00e9claircies sereines, l\u2019image de ma vie, mon papier \u00e0 musique, mes claviers, mes souvenirs, les moments de joie, les moments de d\u00e9tresse, les heures qui passent, les ann\u00e9es aussi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Allusion directe \u00e0 sa vie oscillant entre les \u00e9preuves d\u2019un<em> monde odieux<\/em>, et les recommencements qui suivent, plus ou moins charg\u00e9s d\u2019esp\u00e9rances. Toutes ses l\u00e9gitimes ambitions furent syst\u00e9matiquement \u00e9touff\u00e9es : interdits de son p\u00e8re, guerre de 1914, rupture de son amiti\u00e9 avec Louis Vierne, cabale \u00e0 son encontre apr\u00e8s sa titularisation, guerre de 1939-1945, et, les derni\u00e8res ann\u00e9es, la pauvret\u00e9, d\u00e9solante conclusion financi\u00e8re de tant d\u2019ann\u00e9es de travail. Il en souffrit au point d\u2019\u00e9crire un jour \u00e0 sa confidente : <em>Comme je voudrais n\u2019avoir jamais quitt\u00e9 ma cath\u00e9drale d\u2019Albi..<\/em>. Comment ne pas \u00eatre d\u00e9sarm\u00e9 quand on est emport\u00e9 tout le long de sa vie par des \u00e9v\u00e9nements qui surviennent hors de tout d\u00e9sir et de toute volont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Par\nquels chemins int\u00e9rieurs et quelles \u00e9preuves le Seigneur a-t-il voulu faire\npasser son serviteur&nbsp;? C\u2019est son secret&nbsp;\u00bb (Mgr Jehan Revert, ma\u00eetre\nde chapelle \u00e9m\u00e9rite de Notre-Dame de Paris, hom\u00e9lie de la messe du cinquanti\u00e8me\nanniversaire). Mais l\u2019on dirait bien qu\u2019une main invisible, celle de Notre-Dame\nsans doute, en jetant p\u00e9riodiquement des obstacles sur sa route, l\u2019amena \u00e0\nchaque fois \u00e0 se recentrer sur sa vraie vocation, et le conduisit ainsi\nmyst\u00e9rieusement de Sainte-C\u00e9cile d\u2019Albi \u00e0 Notre-Dame de Paris, o\u00f9 il n\u2019eut pas\nd\u2019autre ambition que de la servir en musique avec la plus grande ferveur.<\/p>\n\n\n\n<p>Note 1<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;L\u2019\u0153uvre eut un grand retentissement, dont le\nmar\u00e9chal P\u00e9tain se fit m\u00eame l\u2019\u00e9cho dans un pli adress\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur le 27\nmars&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019avais \u00e9t\u00e9 tenu au courant de l\u2019\u00e9motion poignante qui avait\nsaisi tous ceux qui \u00e9taient r\u00e9unis le 8 mars \u00e0 la basilique de Notre-Dame\u2026..Je\nvoulais vous f\u00e9liciter\u2026&nbsp;\u00bb. Le succ\u00e8s fit que dans\nles semaines qui suivirent, la partition fut \u00e9dit\u00e9e chez Durand, portant en\ncouverture&nbsp;la d\u00e9dicace&nbsp;: \u00ab&nbsp;A Monsieur le Mar\u00e9chal P\u00e9tain&nbsp;\u00bb,\net son titre&nbsp;: \u00ab&nbsp;In Memoriam, paraphrase de l\u2019hymne national\n&nbsp;Amour sacr\u00e9 de la Patrie&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en a pas fallu\nplus \u00e0 Monsieur Yannick Simon pour qualifier Saint-Martin, dans son ouvrage\n\u00ab&nbsp;Composer sous Vichy&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;pr\u00e9curseur du culte de la\npersonnalit\u00e9&nbsp;\u00bb du mar\u00e9chal P\u00e9tain. Non pas \u00e0 cause de la d\u00e9dicace au\nMar\u00e9chal, que Monsieur Simon&nbsp; semble\nignorer, mais \u00e0 cause du sous-titre. L\u2019auteur \u00e9crit&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Amour\nsacr\u00e9 de la Patrie est le sixi\u00e8me couplet de la Marseillaise\u2026la strophe du\nMar\u00e9chal, dont ce dernier pr\u00e9f\u00e8re les paroles \u00e0 celles, jug\u00e9es trop\nbelliqueuses, qui figurent au d\u00e9but de l\u2019hymne national&nbsp;\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>Il est un fait que\nle Mar\u00e9chal avait d\u00e9cid\u00e9 de remplacer le sanguinaire premier couplet de la\nMarseillaise par le patriotique sixi\u00e8me couplet&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Amour sacr\u00e9 de la Patrie<br>Conduis, soutiens nos bras vengeurs<br>Libert\u00e9, libert\u00e9 ch\u00e9rie<br>Combats avec tes d\u00e9fenseurs.<br>Sous nos drapeaux que ta victoire<br>Accoure \u00e0 tes m\u00e2les accents.<br>Que tes ennemis expirants<br>Voient ton triomphe et ta gloire.<\/p>\n\n\n\n<p>Qualifier\nSaint-Martin de pr\u00e9curseur du culte de la personnalit\u00e9 du mar\u00e9chal P\u00e9tain \u00e0\ncause de cela est pour le moins excessif, sinon ridicule.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, c\u2019est\nincoh\u00e9rent puisqu\u2019en mars 1941, neuf mois s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e9coul\u00e9s depuis l\u2019arriv\u00e9e\nau pouvoir du mar\u00e9chal P\u00e9tain. Investi des pleins pouvoirs depuis juillet 1940 par\nle vote massif de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s et du S\u00e9nat r\u00e9unis (569 voix pour, 80\ncontre, 20 abstentions), le vainqueur de Verdun paraissait encore aux yeux\nd\u2019une large majorit\u00e9 de Fran\u00e7ais leur protecteur le plus s\u00fbr. L\u2019historien Henri\nAmouroux n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 intituler son ouvrage consacr\u00e9 &nbsp;\u00e0 cette p\u00e9riode de notre histoire\n\u00ab&nbsp;Quarante millions de p\u00e9tainistes&nbsp;\u00bb. Et n\u2019avait-on pas lu en\nseptembre 1940 dans les \u00ab&nbsp;Paroles au Mar\u00e9chal&nbsp;\u00bb de\nPaul Claudel&nbsp;:&nbsp; <\/p>\n\n\n\n<p><em>Monsieur le Mar\u00e9chal, voici cette France entre vos bras qui n\u2019a que vous\net qui ressuscite \u00e0 voix basse\u2026&nbsp;&nbsp;France, \u00e9coute ce vieil homme sur toi\nqui se penche et qui te parle comme un p\u00e8re\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur Simon, au\ntribunal du parti-pris, partage avec d\u2019autres l\u2019obsession de condamner tous\nceux qui ont \u0153uvr\u00e9 sous l\u2019occupation. Claude Delvincourt, Olivier Messiaen,\nNorbert Dufourcq, Maurice Durufl\u00e9 (\u00e0 cause de la commande de son Requiem),\nnomm\u00e9s au Conservatoire Sup\u00e9rieur de Paris pendant l\u2019occupation, Henri\nDutilleux, et d\u2019autres encore, ont eux aussi \u00e9t\u00e9 soup\u00e7onn\u00e9s. Monsieur Simon ne\ns\u2019int\u00e9resse qu\u2019\u00e0 un sous-titre, et d\u00e9daigne la noble et h\u00e9ro\u00efque inspiration de\nl\u2019oeuvre. Il y a un cours de l\u2019histoire. On ne peut en juger selon les crit\u00e8res\nhypocritement moralisateurs d\u2019aujourd\u2019hui .<\/p>\n\n\n\n<p>Note 2<\/p>\n\n\n\n<p>James Frazier, \u00e0 la page 32 de son ouvrage <em>Maurice Durufl\u00e9 \u2013 the man and his music,<\/em> \u00e9crit \u00e0 propos de cette arriv\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle \u00e0 Notre-Dame :<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019organiste de la\ncath\u00e9drale, L\u00e9once de Saint-Martin, ne jouait pas pour le service. En effet, il\n\u00e9tait absent de la cath\u00e9drale en raison des quatre ann\u00e9es de guerre, et il lui\n\u00e9tait reproch\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 photographi\u00e9 au cot\u00e9 d\u2019organistes allemands en\nuniforme militaire. Quelle que soit la raison pour laquelle Saint-Martin n\u2019a\npas jou\u00e9 pour le Te Deum \u00e0 Notre-Dame, que ce soit \u00e0 cause de ses sympathies\npersonnelles ou simplement \u00e0 cause de ses attaches avec la premi\u00e8re cath\u00e9drale\nde France,&nbsp; Durufl\u00e9 fut invit\u00e9 \u00e0 jouer \u00e0\nsa place.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Selon les notes figurant \u00e0 la fin de son ouvrage, J. Frazier a r\u00e9dig\u00e9 ce paragraphe en se fiant \u00e0 des renseignements de Paul Durufl\u00e9. D\u2019o\u00f9 ce neveu de Maurice Durufl\u00e9 a-t-il tir\u00e9 ce m\u00e9li-m\u00e9lo&nbsp; de fausses informations et de calomnies, allant jusqu\u2019\u00e0 rapporter , selon la note n\u00b038, que Saint-Martin avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tiquet\u00e9 collaborateur. Par qui ?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Saint-Martin absent de\nla cath\u00e9drale en raison de la guerre&nbsp;:<\/em> faux. Saint-Martin a\nscrupuleusement assur\u00e9 son service pendant toute la guerre. Jean Gu\u00e9rard\nrappelle dans son livre que, jeune ma\u00eetrisien pendant l\u2019occupation, il avait\nobtenu du ma\u00eetre de chapelle, le chanoine Merret, l\u2019autorisation de monter \u00e0 la\ntribune pour les messes de 11h15 avec orgue, et que c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il l\u2019a connu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Saint-Martin\nphotographi\u00e9 au cot\u00e9 d\u2019organistes allemands en uniforme&nbsp;: <\/em>Le reproche\nvient de qui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas invraisemblable que des organistes allemands\naient profit\u00e9 de Paris pour demander \u00e0 visiter la tribune et \u00e0 en garder le\nsouvenir. Par exemple, sont venus \u00e0 Paris voir et sans doute toucher des\norgues, Fritz Werner, musikbeauftragter (charg\u00e9 de mission pour la musique), et\nJosef Aurens, organiste de l\u2019orchestre philharmonique de Berlin. Etait-il\npossible de refuser&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>Saint-Martin n\u2019a pas jou\u00e9 pour le Te Deum&nbsp;: <\/em>Il n\u2019y a pas eu de Te Deum. Du fait de l\u2019arriv\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9e de g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle et surtout de la panique due \u00e0 la mitraillade survenant dans la cath\u00e9drale, ce fut l\u2019improvisation la plus totale. Un pr\u00eatre pr\u00e9sent eut le sang-froid d\u2019entonner le Magnificat. De Gaulle \u00e9crit dans ses \u00ab M\u00e9moires de guerre \u00bb : \u00ab Le Magnificat s\u2019\u00e9l\u00e8ve. En fut-il jamais de plus ardent ? \u00bb <\/p>\n\n\n\n<p><em>Sympathies personnelles pour l\u2019occupant&nbsp;! <\/em>Le patriotisme de Saint-Martin ne peut \u00eatre mis en doute.  Avoir sugg\u00e9r\u00e9 cette pure calomnie \u00e0 J. Frazier est outrageant. Pendant ces semaines, Saint-Martin \u00e9crivait sa \u00ab Toccata de la Lib\u00e9ration \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Ses\nattaches avec la premi\u00e8re cath\u00e9drale de France&nbsp;:<\/em>\nLe contexte ne semble \u00e9videmment pas vouloir dire que les bonnes relations de\nSaint-Martin avec la cath\u00e9drale emp\u00eachaient ce dernier de venir. <em>&nbsp;<\/em>Il\nfaudrait plut\u00f4t comprendre que le clerg\u00e9 de la cath\u00e9drale \u00e9tant lui-m\u00eame\ndiscr\u00e9dit\u00e9 en ayant soutenu le r\u00e9gime de Vichy, comme le faisait toute <em>la<\/em>&nbsp;<em>hi\u00e9rarchie de l\u2019Eglise <\/em>selon ce que l\u2019on lit quelques lignes plus\nhaut, Saint-Martin, du fait m\u00eame de ses bonnes relations avec le clerg\u00e9, \u00e9tait\ncompromis. <\/p>\n\n\n\n<p><em>Durufl\u00e9\nfut invit\u00e9 \u00e0 jouer \u00e0 sa place&nbsp;:<\/em> faux. Il aurait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 par\nqui&nbsp;et \u00e0 quel titre? Le souvenir des difficiles relations de Vierne, et \u00e0\ntravers celui-ci, de Durufl\u00e9, avec Mgr Brot archipr\u00eatre, avec l\u2019abb\u00e9 Lenoble,\nintendant, et avec le Chanoine Merret, ma\u00eetre de chapelle, faisait que Durufl\u00e9\n\u00e9tait \u00e0 coup s\u00fbr le dernier organiste que l\u2019on aurait invit\u00e9. J.Frazier semble\nignorer qu\u2019en France, c\u2019est l\u2019affectataire qui est le patron, et par cons\u00e9quent\ncelui qui embauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Les faits v\u00e9ritables sont rapport\u00e9s dans le livre\nde Jean Gu\u00e9rard \u00ab&nbsp;L\u00e9once de Saint-Martin \u00e0 Notre-Dame de Paris&nbsp;\u00bb\npages 97 et 98, et la note manuscrite de Saint-Martin lui-m\u00eame les r\u00e9sume parfaitement.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN PARCOURS ATYPIQUE 1886 \u2013 1919 N\u00e9 le 31 octobre 1886 de parents fortun\u00e9s au ch\u00e2teau de Fonlabour (aujourd\u2019hui lyc\u00e9e agricole d\u2019Albi-Fonlabour), le comte L\u00e9once de Saint-Martin de Paylha manifeste tr\u00e8s jeune un don exceptionnel pour la musique et un amour passionn\u00e9 de l\u2019orgue. 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